Le jour de la Terre: quelques réflexions:


Le 22 avril prochain sera la journée de la Terre. Cette journée, encore peu fêtée, tire son origine des États-Unis. Elle vise à nous faire prendre conscience du bien commun propre à l'humanité mais également à nous sensibiliser aux enjeux écologiques ainsi qu'à notre impact de plus en plus grand sur l'ensemble de la biosphère.

La fête de la Terre nous interpelle vivement, nous les chrétienNES car certains textes, en particulier ceux de la création (Les trois premiers chapitres de la Genèse), ont justifié, pour certains, le saccage de la planète et la réduction de cette dernière au rang de réservoir de matières premières. N'est-il pas affirmé «de remplir la terre, de commander au poisson de la mer, à l'oiseau du ciel à toutes les petites bêtes ras du sol» (Gn 1,28) (nouvelle traduction de la Bible)?

Dans le contexte occidental, une compréhension plus restreinte s'est imposée: L'être humain peut soumettre la Terre perçue comme un objet extérieur à ses relations. Cette vision fortement dualiste et hiérarchique établit une nette distinction entre l'humanité et le reste du monde. Nous n'en faisons plus partie mais nous sommes supérieurs à lui comme peut le laisser entendre le deuxième récit de la création, l'être humain nomme les animaux: «Yhwh fabrique avec de la terre toutes les bêtes sauvages, tous les oiseaux du ciel. Il les fait défiler devant l'adam pour entendre le nom qu'il leur donne. Chaque être vivant reçoit son nom de l'adam. L'adam trouve des noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel, à toutes les bêtes sauvages mais personne d'autre devant lui»(Gn 2,19-20) (Nouvelle traduction de la Bible). On a longtemps interprété ce texte comme une légitimation de l'exploitation sans borne de la Terre puisque le fait de donner un nom implique d'exercer un pouvoir sur toute chose, sur tout être vivant.

Heureusement, cette conception hiérarchique et statique cède la place à une perception plus dynamique et relationnelle. Le contexte littéraire et historique des récits de création ne nous invite pas à percevoir l'être humain assujettissant le monde différent d'elle/lui mais comme unE intendantE qui co-crée, en alliance avec Dieu, le devenir du monde. Désigner les animaux n'implique pas un pouvoir sur eux mais une possibilité d'entrer en relation avec eux par le biais d'une habilité humaine: la parole.

Ce désir de relation culmine dans la rencontre avec d'autre êtres humains, des sujets semblables mais pas identiques: «L'adam parle. C'est elle cette fois os de mes os chair de ma chair» (Gn 2,23) (Nouvelle traduction de la Bible). En d'autres mots, notre façon de voir n'est plus de considérer les autres et la nature comme des objets à dominer mais comme d'autres sujets avec qui entrer en relation.

Cette perspective met l'accent sur le fait que nous sommes inséréEs dans un réseau de réseaux qui façonne notre identité et qui nous relie intimement les uns aux autres ainsi qu' à l'ensemble du monde. Nous sommes une espèce, certes importante, parmi d'autres espèces. Ces dernières ont besoin de nous et nous avons besoin d'elles. Par exemple, sans le phytoplancton, des espèces végétales microscopiques dont le milieu de vie sont les océans, nous ne pourrions aucunement vivre car ce sont elles qui produisent la majeure partie de l'oxygène que nous respirons. Par contre, nous contribuons à leur croissance par le gaz carbonique que nous exhalons à chaque souffle. L'interdépendance de chacun et de chacune devient la clé pour favoriser la vie.

Vu sous cet angle, la notion biblique du prochainE n'est plus que la personne immédiate mais chaque être humain inscrit dans un réseau complexe de relations s'insérant dans un écosystème. C'est pourquoi cette notion prend en compte l'ensemble des êtres vivantEs et surtout les générations à venir qui deviennent aussi notre prochainE. C'est pourquoi, nous sommes appeléEs à co-créer, selon le projet du Règne de Dieu, un monde d'égalité entre les personnes, de justice sociale, de développement durable, de dignité, de tendresse et d'amour pour toutes et tous inscritEs dans une écosphère restaurée.

Patrice Perreault,
agent de pastorale





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