"Femmes soyez soumises"
(Éphésiens 5,21):
un texte problématique qui fait scandale aujourd'hui


Suite à la liturgie dominicale du 24 août 2003, il apparaissait opportun de glisser un mot sur ce passage fort connu d'EphésienNEs. D'emblée, ce texte nous choque à juste titre. L'examiner exhaustivement est impossible dans les limites de cette chronique. Cependant, quelques points doivent être précisés.

D'entrée de jeu disons qu'il est probable qu'il s'agisse d'une lettre déutéro-paulinienne. Cette expression signifie simplement que cette lettre tire son origine d'un disciple de Paul. Il était courant à l'époque de reprendre le nom du maître pour légitimer un message. C'était la pratique et cela ne posait aucun problème pour les communautés qui la recevaient. Pourquoi affirme-t-on que cette lettre ne remonte pas directement à Paul? Des différences au niveau vocabulaire, de contenue et de théologie. Par exemple, la lettre n'indique aucun problème avec les chrétienNES d'origine grecque par rapport aux judéo-chrétiennes. Il s'agissait là d'un problème majeur pour Paul (Cf. la lettre aux Galates).

Autre exemple, l'image du mariage employée pour décrire la relation Christ/Église (Ep 5,22-33) est en contradiction avec 1 Cor 7,8-9; 25-40. Finalement l'absence de discours plus eschatologique pointe davantage vers un ou des disciples de Paul. En plus, les références aux «codes domestiques» populaires (relation entre les personnes et groupes de personnes) moraux présents dans la société romaine mais réinterprétée à la lumière d'une théologie chrétienne plus tardive sont aussi en contradiction avec la théologie paulinienne (Cf Galates 3,28).

Néanmoins, nous retrouvons cette lettre dans le canon du Second Testament et il importe de regarder, sans excuser, ce texte. Il est possible que l'auteur, suites aux premières persécutions, ait fait appel à certains codes moraux populaires et a exhorté à les suivre afin de correspondre aux normes ambiantes. Ce faisant, on s'éloignait quelque peu de la radicalité évangélique et paulinienne.

Deux remarques préliminaires: Si l'auteur indique que les femmes doivent être soumises; c'est bien parce qu'au sein des premières communautés, ces dernières jouaient des rôles importants et prenaient parole dans l'espace public des communautés chrétiennes. Ce qui était impensable pour l'époque! Les femmes exerçaient également un leadership éminent (Cf. Romain16 ,1). Deuxièmement, on ne peut taire l'aspect de libération du christianisme. L'auteur d'EphésienNEs apporte des correctifs considérables à ces codes.

À présent, jetons un coup d'oeil à certains éléments de cette lettre. Premièrement, le texte est construit en deux sections: Ep 5,20-24 et 5,25-33. Il est intéressant de remarquer que le seul impératif situé dans la première partie du texte (5,21) et qui affirme que tous doivent être soumis au Christ est la clé d'interprétation du passage. Les devoirs apparaissent dans la seconde section, celle adressée aux maris. L'auteur d'ÉphésienNEs amoindrit le contrôle des hommes sur les femmes par une réciprocité introduisant la notion d'égalité relative dans le couple: le mari doit aimer sa femme comme sa propre chair.

Deuxièmement, le texte se réfère au Christ. Si l'auteur d'ÉphésienNEs accentue l'analogie Christ/Église et mari/femme, ce n'est pas pour établir des comparaisons strictes. En effet, le conjoint ne «sauve» pas sa femme et inversement. Seul le Christ est médiateur. L'image a pour but de justifier un comportement social différent à l'égard des femmes. Il faut se rappeler qu'à l'époque les femmes n'avaient aucun droit et étaient abaissées au rang de propriété du père ou du conjoint. Ces derniers pouvaient agir ainsi à leur guise. Or, l'auteur déduit, de sa théologie, des comportements plus respectueux à l'égard des femmes en restreignant le pouvoir des hommes, même s'il reconnaît une certaine légitimité aux codes moraux de l'époque. Néanmoins, il en atténue l'impact négatif.

Ceci nous conduit au troisième point. Si l'auteur d'ÉphésienNEs relativise déjà les codes moraux domestiques de l'époque indiquant ainsi que s'ils deviennent désuets, il convient de formuler de nouvelles balises morales signifiantes pour notre propre culture. En effet, les chrétiennes et chrétiens sont aussi à l'écoute de la Parole actuelle du Christ, toujours neuve et déroutante, qui se manifeste dans les signes des temps d'aujourd'hui. Il appartient à notre génération, comme ce fut le cas pour celle de l'auteur d'ÉphésienNEs, d'écrire sa page d'Évangile libérateur pour nos descendantes et descendants.

Patrice Perreault
agent de pastorale





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