Un avenir pour la Terre?
Cette question sera évoquée très sérieusement au Sommet mondial du développement durable des
Nations unies à Johannesburg du 24 août au 4 septembre. Il réunira de nombreux pays tant du Nord
que du Sud et traitera du développement durable. Cette idée implique que les conditions de vie
d'une génération soit conservées pour les autres générations. Elle suppose aussi que tous les êtres
humains, présents et futurs, puissent avoir accès aux ressources fondamentales pour vivre: eau,
nourriture, logement, santé, éducation, etc.
Selon les dires officiels de l'ONU, si nous ne modifions pas le cours des choses, l'état de la planète
sera catastrophique en 2025. Elles le sont déjà, voici quelques chiffres: «Plus d'un milliard de
personnes continuent à ne pas disposer d'eau potable, et près de trois milliards (la moitié de
l'humanité) consomment une eau de piètre qualité. À cause de l'ingestion de cette eau polluée, 30
000 personnes meurent quotidiennement. Soit plus de dix fois - chaque jour - le nombre des victimes
des odieux attentats du 11 septembre 2001...»
C'est sans compter les milliers d'espèces végétales et animales qui disparaissent chaque année. Le
rythme ne fait que s'accélérer et nous risquons de voir une extinction massive comme à l'époque
des dinosaures, il y a 65 millions d'années !
Or le principal obstacle aux transformations nécessaires est notre manière de voir le monde. Nous
le percevons comme quelque chose extérieure sur lequel nous avons le contrôle. De plus, notre
façon de nous voir, selon un dualisme hiérarchique, nous amène à considérer les autres formes de
vie comme inférieures et donc pouvant être soumises.
Notre modèle économique renforce la destruction de la biosphère car elle subordonne tout à la
logique du marché. Cette tyrannie du marché fait de la Terre et de ses habitants, des ressources, de
la matière première. Toute problématique est assujettie à un facteur économique et l'évalue en
fonction d'une rentabilité potentielle. Mais un paysage, le sourire de notre partenaire ne peuvent être
mesurés économiquement mais ils n'en sont pas moins réels!
Il importe donc de rompre avec cette logique pour adopter une économie fondée sur la rencontre
des besoins fondamentaux des êtres humains. Il convient aussi de rompre avec une vision
anthropocentrique. Certes, nous sommes plus complexes et «supérieurEs» au phytoplancton [être
unicellulaire produisant l'oxygène que nous respirons] mais nous dépendons de ces cellules pour
vivre! Il est important d'adopter un nouveau regard: hiérarchiquement plus complexe mais pas
nécessairement supérieur car nous sommes tousTEs interreliéEs dans l'écosphère terrestre.
C'est cette intuition à laquelle fait allusion les premiers chapitres de la Genèse. D'une part en Gn
1,28, l'être humain reçoit la gérance de la Terre à l'image de l'Absolu: établir les conditions pour
la vie, sous toutes ses formes, puisse pleinement s'épanouir. Mais cette mission s'effectue en
solidarité avec l'ensemble du monde. Dans le second chapitre de la Genèse, l'adam est appelé à
nommer les animaux que l'Absolu lui présente (Gn 2,19-20). L'auteur biblique révèle une
caractéristique humaine: nous sommes des êtres en relation, des êtres relationnels. Nous nous
construisons nous-même par le biais de la Parole qui sert à établir un contact, à sortir de soi pour
entrer en communication, pour faire advenir le meilleur de nous-même et du monde.
Près de 4 000 ans après la rédaction de ces textes, dans un autre contexte, nous les humains et en
particulier les chrétienNEs, sont toujours invitéEs à construire le monde, à co-créer avec Dieu et les
autres son devenir et à faire croître la vie dans la lignée du Règne de Dieu.
Patrice Perreault, agent de pastorale
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