Plaidoyer pour un nouvel humanisme


Depuis les années 1970 et de façon plus explicite ces derniers temps, nous assistons à une montée de l’économisme et des courants de droite au sein des société occidentales. Le premier propose le retour au tout-au-Marché et l’instrumentalisation croissante des relations humaines au service de l’économie. Quant aux courants de droites, ils sont les thuriféraires légitimant le un pour soi et tous contre tous dans une guerre sans fin. Les principales victimes sont les excluEs du culte de la performance, de l’efficacité et de la rentabilité. Bien entendu, on nous exhorte à accepter ces sacrifices puisque le «réalisme» nous y oblige.

Toujours au nom de ce «réalisme», les tenants de ces courants nous invitent à partager leur rêve : la dissolution des sociétés civiles au sein d’un immense magma indifférencié régi par une «main invisible». Celle-ci nous conduit vers le paradis fiscal par excellence où tout est idyllique. Ce projet de société a le désavantage de cantonner la majorité de l’humanité en particulier les femmes dans des conditions de vie infra-humaines.

Si ces philosophies tirent leur source de certaines pensées du 18e siècle, d’autres courants ont également traversé l’Occident tel l’humanisme dont la finalité est l’être humain. Héritier du christianisme, l’humanisme nous a permis de faire des pas dans l’humanisation de l’humanité. Songeons à la déclaration des droits de la personne enchâssée dans la charte de l’ONU en 1948 — dont on oublie trop souvent les droits sociaux pour ne se borner qu’aux droits individuels —. Autres exemple, l’apparition de la notion d’égalité, après bien des luttes certes, le droit de vote ou la conscience écologique représentent des avancées impensables il y a seulement 200 ans! Nous ne sommes pas encore parvenuEs à une parfaite égalité entre les femmes et les hommes et à une reconnaissance complète des droits et de la dignité de chacune et de chacun mais des milliers de personnes œuvrent pour concrétiser ce rêve comme l’a démontré la Marche mondiale des femmes et diverses manifestations altermondialistes.

Nous sommes appeléEs à actualiser l’humanisme classique pour répondre aux défis 21e siècle. S’il avait pour visée l’être humain perçu comme un entité totalement autonome, il convient de le repenser pour intégrer le pluralisme social culturel et religieux. Cela nécessite la création d’un nouveau rapport où nous apprenons à intégrer ces dimensions plutôt que de les opposer. Pour y arriver, nous devons donner, personnellement et collectivement, des objectifs pour le bien commun comme le proposait Riccardo Petrella avec les contrats mondiaux. La question de l’eau pourrait se révéler comme un des premiers enjeux abordés sous cet angle. Nous sommes également conviEs à revoir notre idée de l’être humain qui construit par et avec la relation aux autres. Cela exige aussi de réexaminer notre rapport à la nature : la nature n’est pas un en soi mais un ensemble complexe du vivant dans lequel sont inséréEs les êtres humains.

Un des enjeux fondamentaux de ce nouvel humanisme m’inspirant des propos de Paul-André Giguère, ancien directeur du Centre St-Pierre, sera de traduire en termes politiques la fraternité ou la «frasororité» — un néologisme inclusif — qui conjuguerait le personnel et le collectif, les droits individuels et sociaux, l’environnement et les besoins humains, répondre pleinement aux besoins actuels tout en préservant le patrimoine mondial pour les générations futures, etc. L’humanisme est un projet passionnant et jamais achevé qui fait appel à ce qui a de meilleur en chacune et chacun de nous et c’est un héritage à laisser à nos descendantEs.

Patrice Perreault
agent de pastorale





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