La fille du Pharaon - Exode 2, 5-10


Chronique d'une histoire subversive:
les femmes dans la Bible



La Syrophénicienne:
Nous la retrouvons dans l'évangile de Marc (Mc 7,24-30)et le texte parallèle en Matthieu (Mt 15,21-28). Rappelons que cette femme n'est pas juive. Bien des préjugés existaient entre païens et juifs. Les deux groupes avaient tendance à s'exclure mutuellement. Quand elle interpelle Jésus, ce dernier reprend les préjugés de sa culture. Il refuse donc de guérir sa fille. Matthieu insiste même: les Douze, exaspérés, supplient Jésus de guérir la fille de cette femme afin de retrouver la paix. Jésus leur rétorque qu'il est envoyé au peuple d'Israël. La réponse de Jésus à cette femme est cinglante: « Laisse d'abord les enfants se rassasier, car il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens». Cette femme reprend l'objection pour justifier sa demande: «Oui Seigneur! Et les petits chiens sous la table mangent les miettes des enfants». Jésus est étonné. Il affirme que cette parole l'a fait changer d'idée! Il guérit alors la fille de cette femme. Cette dernière a donc joué un rôle important dans le ministère de Jésus. Elle lui a fait prendre conscience que son appel traversait les frontières religieuses et politiques qui divisaient la Palestine. Elle lui a fait prendre conscience que le Règne s'adresse à tout être humain quelque que soit sa religion, son sexe ou sa culture. Elle a été prophète auprès de Jésus! Les premières communautés ont conservé le souvenir de cet épisode si marquant dans la vie de Jésus pour se rappeler de n'exclure personne.

Une missionnaire méconnue: la Samaritaine (Jean 4,1-42)
Les Samaritains sont issus d'une assimilation entre des colons déportés en Israël par les Assyriens en 721 avant notre ère et la population locale. les Samaritains furent rejetés par le courant théologique dominant. A l'époque de Jésus, les deux peuples s'excluent mutuellement. Or Jésus, dans le texte, non seulement traite avec un peuple honni mais parle à une femme près d'un puits sur la place publique! Il était interdit à un homme de parler à une femme, si elle n'était pas son épouse. En effet, les femmes demeuraient d'éternelles mineures car elles passaient de la domination du père à celle du mari. Elles étaient comptées parmi les possessions de l'homme (Ex 20, 17)! À l'extérieur de tout cadre familial, les femmes n'existaient pas socialement.

Malgré ces contraintes culturelles, un échange se déroule entre cette femme et Jésus. Ce dernier lui demande d'aller chercher son mari (versets 16-17). Cette requête correspondait aux usages de l'époque afin d'obtenir la permission de poursuivre une conversation avec une femme. Elle répond qu'elle n'a pas de mari. Elle est divorcée ou veuve. Nous devons nous rappeler qu'à l'époque, seuls les hommes pouvaient répudier une femme et divorcer (Dt 24,1-4). Par son observation sur la condition de cette femme, Jésus opère une libération. Sa remarque concernant les cinq maris l'émancipe des structures sexistes ambiantes (verset 18).

Il faut souligner que nul part dans le texte, Jésus condamne cette femme, sa conduite ou son statut marital. Au contraire, il reconnaît sa pleine humanité. Par sa réponse, il la délivre de la sujétion à un homme. En effet, si elle ne vit pas avec un mari, elle peut poursuivre l'entretien sans demander la permission à quiconque. Par cette parole et cette attitude, Jésus l'affranchit des restrictions sociales entravant sa dignité. Il reconnaît sa liberté et son entière autonomie. Jésus l'accueille comme une personne à part entière. Ceci est la marque d'un homme de Dieu. C'est pourquoi cette femme l'identifie à un prophète (verset 19).

Dans la suite du texte, elle s'adresse à lui comme un disciple à son maître. Par sa question, elle découvre que toutes les conventions sociales et religieuses sont relatives. Jésus l'amène à saisir qu'on adore Dieu avant tout là où des êtres humains se relèvent, font croître l'amour, la vie et la dignité (Am 5,24; Lc 7,21-22; Mt 25,31-40). Le reconnaissant comme Messie, cette femme devient alors messagère de la Bonne Nouvelle à son peuple.

Rahab:
Rahab est une païenne et une prostituée, aïeule de Jésus (Mt 1,15). Cette femme joue un rôle essentiel dans l'entrée des israélites en Canaan. Josué, désirant pénétrer dans Jéricho, envoie deux espions qui sont accueillis et protégés par Rahab (Jos 2,4-7). Rahab, une prostituée, est une femme exclue de la société à cause du pouvoir patriarcal. Ce dernier édicte les règles morales et sociales en fonction des hommes. Ce pouvoir hiérarchique chosifie les personnes, en particulier les femmes. Il méprise Rahab, la condamne au nom d'un moralisme douteux et ne cesse aucunement de profiter d'elle sans aucune forme de reconnaissance.

Or, Rahab, celle qui était exclue et rejetée, professe une confession de foi digne du plus fidèle israélite. Cette confession de foi et cette reconnaissance amènent Rahab à négocier le salut de sa famille lors de l'invasion de Jéricho. Par son intervention, elle assura la vie sauve aux deux émissaires. Elle fut intégrée aux peuple hébreu. Sa descendance donna naissance à Jésus de Nazareth. Cette introduction, par Matthieu dans la généalogie de Jésus indique tout simplement qu'aucune personne ne doit être jugée et exclue en raison de, son statut social, sa religion, de sa culture ou de son sexe et que toutes et tous sont invité-e-s à participer à la construction du Règne de Dieu en vue de la dignité de chaque personne et de la vie en plénitude pour toutes et tous. Nous retrouvons Rahab dans le livre de Josué (chapitre 2 et 7).

Deux étrangères, Shifra et Poua, sauvent un peuple (Exode 1,15-22)
Les sages femmes occupent une place essentielle dans la haute Antiquité. Comme les hommes ne participent aucunement à l'accouchement, les sages-femmes assistent les mères lors du travail et donnent les premiers soins à l'enfant. Les hommes étant absents, il existe une certaine solidarité entre sages-femmes et mères. Ces dernières se remettent entièrement entre leurs mains lors des moments les plus pénibles de l'accouchement.

Or dans le récit, Pharaon tente de contenir un peuple opprimé, les Hébreux, par le contrôle imposé des naissances. Il faut se rappeler qu'à l'époque, l'avantage numérique se révèle décisif lors de combats. Cette stratégie sous-tend l'ordre du pharaon de procéder à l'infanticide des garçons (versets 16)! En effet, dans ces cultures, les femmes ne sont aucunement perçues comme une menace potentielle à l'ordre établi.

Shifra et Poua désobéissent à l'ordre du pharaon. Elles choisissent de laisser la vie sauve aux garçons. Dans le contexte, ce refus risque d'entraîner de lourdes sanctions d'autant plus qu'elles ne se rebellent pas uniquement contre un pouvoir civil mais également religieux. Dans cette société, le pharaon est élevé au rang de fils de dieu et représente la volonté divine. Elles rejettent donc un ordre du représentant divin! Cela dépassait littéralement l'entendement que des femmes ne se soumettent pas au souhait des hommes fussent-ils des porte-parole de la divinité! Dans ce passage, Dieu a reconnu la légitimité de leur décision en les récompensant (verset 21).

Elles ont trouvé la force de renoncer à des valeurs et à une structure patriarcale injuste pour favoriser l'essor d'un peuple. Sans pouvoir, elles se sont révoltées, par le biais de leur réplique, contre l'oppression et l'oblitération d'un peuple. Leur subterfuge leur ont permis d'entrer dans la voie de la résistance non-violente, de s'affirmer comme des personnes autonomes qui luttent en faveur de la liberté, de la dignité et de l'égalité.

Salomé: un exemple d'une résistante politique (Mc 15,40-41; 16,1)
Certains personnages du Nouveau Testament sont célèbres. Par exemple, Marie, la mère de Jésus ou Marie de Magdala sont parmi les femmes qui habitent l'imaginaire chrétien voire catholique. Par contre, certaines sont plus méconnues. Salomé est l'une de celles-ci. Elle est mentionnée à deux reprises dans les textes néotestamentaires: à la crucifixion et au tombeau vide. Ces deux passages referment peu d'éléments biographiques mais ils revêtent une grande importance théologique.

Le premier point à mettre en évidence est ce petit verset qui révèle la condition des femmes au sein du mouvement-Jésus: «Il y avait aussi des femmes [...] qui le suivaient et le servaient lorsqu'il était en Galilée» (Mc 15,40-41). Or les termes de «suivre et servir» décrivent les apôtres influents dans la communauté de Jérusalem: Pierre, Jean, Jacques et André (Mc 1,18). Puisque Marc emploie les mêmes vocables, il apparaît nettement que les femmes tant dans le mouvement-Jésus que dans le christianisme «primitif» exerçaient des ministères sans sexisme au sein des communautés. D'ailleurs, le simple souvenir de son prénom, Salomé qui n'est jamais associé à celui d'un homme, démontre la liberté dont ces femmes jouissaient ainsi que de l'importance des fonctions qu'elles remplissaient dans les premières communautés chrétiennes. Elles étaient reconnues comme des partenaires à part entière malgré la culture misogyne ambiante. Cette attitude, cette égalité effective menaçaient grandement les autorités religieuses et politiques en place fondées sur une domination des uns sur les autres. C'est la raison principale pour laquelle les premières générations de chrétiennes et de chrétiens sont persécuté-e-s.

Le second point nous ramène à Salomé. Sa présence ainsi que celles d'autres femmes au pied de la croix peut constituer un acte de rébellion envers les autorités romaines. En effet, nous avons considéré trop souvent ce geste des femmes comme une action exprimant uniquement une compassion et une tendresse à l'égard de leur maître. Cependant, il est possible que l'auteur de l'évangile marcien ait retenu la mémoire de Salomé pour également illustrer le caractère subversif du choix de se situer près de la croix: il comporte la possibilité d'être identifiée comme partisane des options de Jésus. Ainsi, en s'affichant publiquement, Salomé risque l'arrestation et l'exécution comme collaboratrice d'un dissident dangereux à la pax romana. Sa décision implique une dimension politique désavouant les structures socio-religieuses oppressives. Salomé dévoile ainsi sa foi au projet de Jésus qui est reconnu Christ par sa résurrection. De plus par sa solidarité indéfectible à Jésus manifestée au tombeau vide, elle témoigne ouvertement que ce projet, basé sur l'égalité entre les personnes, est repris par les disciples qui poursuivent l'édification du Règne divin de justice, d'amour et de vie dans l'histoire humaine.

Ève:
Le nom d'Ève vient de hawwah signifiant vie car elle est la mère de tous les vivants selon une tradition biblique (Gn 3,20). Il est à noter que ce nom propre est donné, de même que celui d'Adam après la manducation du fruit et la reconnaissance par Yahweh que les êtres humains sont devenus des personnes autonomes. Dans le texte, c'est ensemble que l'être humain, homme et femme solidairement et égalitairement, décide de prendre une autre voie que le chemin idéal vers l'autonomie (Gn 3,6-7). Percevoir Ève comme la responsable de la «chute» ne rend donc pas justice au texte biblique.

Anne: une espérance exaucée (1 Samuel 1,1-2,11)
Nous retrouvons Anne à l'époque des juges avant la royauté en Israël. Sa situation s'avère précaire car elle n'obtient pas la reconnaissance sociale à la suite de stérilité. Dans cette société, le seul moyen pour une femme de parvenir à statut social était d'enfanter des fils. Or Peninna, la seconde épouse de son conjoint, se montre féconde. Elle utilise cet avantage pour en tirer des bénéfices économiques et ridiculiser Anne.

Désespérée, Anne implore Dieu de la rendre féconde, lui qui ne lui donne aucun enfant. Il faut se rappeler qu'à l'époque, on ne connaît pas le processus biologique de procréation. On croyait que Dieu donnait la vie de la même manière qu'il faisait pousser les plantes ou qu'il faisait pleuvoir en ouvrant les écluses du ciel. Dans cette perspective, Dieu peut également restaurer la fécondité d'Anne et lui accorder un statut social effectif. Elle fait la promesse de consacrer l'enfant à Dieu (1 S 1,9-11).

Dieu entend la prière d'Anne. Cette dernière enfante Samuel. Par ce geste, Dieu favorise la reconnaissance de la pleine dignité d'Anne, une femme opprimée dans une société patriarcale. Dans ce passage, Anne exprime dans un cantique l'option prioritaire de Dieu pour les personnes exclues comme le révèle ces extraits: «Les rassasiés s'embauchent pour du pain mais les affamés cessent de travailler» (2,5) ou «Il retire de la poussière le faible, du fumier, il relève le pauvre» (2,8). Ces exemples illustrent que la puissance divine libère les personnes afin que celles-ci deviennent des agents de changement en faveur de l'inclusion, de la dignité, de l'égalité, de l'amour et de la vie. Le Second Testament fera de cette espérance le coeur de son message: le Règne de Dieu (Lc 1,45-55).

Apphia (Philémon 2):
La lettre à Philémon est la plus courte de Paul. Elle ne contient qu'un chapitre. Paul s'adresse à un certain Philémon (possiblement de la communauté de Colosses). Un esclave de ce dernier, Onésime, s'est enfui et a rencontré Paul dans des circonstances inconnues. Paul fait de lui un disciple du Christ et un des ses collaborateurs. Devant les dangers que Paul court en le gardant auprès de lui (prisonnier, il pouvait être accusé d'une infraction de droit privé) ou à Onésime (qui peut être poursuivi, jeté en prison et ramené de force à son maître (celui-ci peut lui infliger un châtiment sévère), il décide de le renvoyer à Philémon en lui demandant de l'accueillir non seulement comme un frère mais aussi comme l'apôtre en personne. Paul souhaite l'affranchissement d'Onésime (21) et son retour. Cette lettre conteste l'institution de l'esclavage en montrant que les relations entre chrétiens ne s'opèrent pas selon deux plans distincts voire opposés. Dans cette optique, la manière d'être au monde subit une transformation radicale. En d'autres termes, cette liberté acquise, par et dans le Christ, doit se concrétiser dans la vie quotidienne.

Ces nouvelles relations s'incarnent effectivement dans les communautés puisque nous retrouvons, dans l'adresse, la mention d'une femme. Ce qui est très rare dans ce monde gréco-romain. En général, les destinataires des lettres ne sont que des hommes. La seule mention d'Apphia, peut- être la femme de Philémon, ne s'avère pas banal. Paul la qualifie de soeur! Ce terme peut désigner une collaboratrice. Elle détenait certainement un rôle important, peut-être celui de coordonnatrice de la communauté. Il importe de souligner qu'une femme, en position d'autorité, ne constitue nullement une exception. Cela reflète une situation répandue dans les communautés gréco- romaines. Paul reconnaît ainsi, la légitimité du rôle exercé par Apphia, sa pleine humanité et son égale dignité.

Ces rapports égalitaires, exemplifiés par le billet à Philémon, illustre la dynamique du Règne que chaque chrétienne et chrétien est appelé à construire.

Agar: Dieu, manifeste sa solidarité à l'égard des opprimées (Gn 16; 21,8-20)
Le contexte de cet épisode biblique est le suivant: Abraham reçoit la promesse d'une grande descendance (Gn 15). Or Sara n'enfante aucunement. Il faut se rappeler qu'à l'époque les femmes ne sont reconnues qu'à la condition de mettre au monde une descendance masculine afin de perpétuer le nom. Devant son apparente infertilité, Sara a recours à une manière indirecte d'obtenir un garçon: elle fait appel à une de ses servantes, Agar, une égyptienne, pour qu'elle conçoive un enfant avec Abraham. Par la suite, Sara l'aurait adopté comme étant son propre fils. Ce recours était approuvé dans plusieurs cultures du Proche-Orient ancien. Par analogie et en établissant avec prudence certaines correspondances, nous pourrions dire qu'Agar était une mère porteuse pour un couple: celui d'Abraham et de Sara (Gn 16, 1-2).

Sa condition de future mère, dans une société patriarcale, confère à Agar un prestige et une certaine liberté. Sara réagit fortement à cela au point où Agar doit fuir dans le désert pour échapper aux mauvais traitements (Gn 16,3-6).

Dans le désert, Dieu intervient auprès d'Agar. Il se manifeste directement à elle et invite Agar à retourner auprès de sa maîtresse, ce qu'elle fait. Cependant, pour protéger Agar des abus de Sara et pour lui reconnaître une certaine dignité, Dieu fait à Agar, une femme, la même promesse qu'à Abraham: celle d'une descendance nombreuse! Dieu transgresse ainsi les lois sexistes infériorisant les femmes, les invalidant implicitement. Ce faisant, il libère les femmes d'une situation d'assujettissement.

Par ailleurs, il est intéressant de constater que ce passage biblique est le premier où Dieu apparaît à une femme. C'est également un des rares textes bibliques où une femme donne un nom à Dieu (El- Roï: Dieu des visions) lors d'une expérience spirituelle. La suite nous informe qu' Agar donne naissance à Ishmaël (ce nom signifie: «Dieu a entendu» parce qu'il entendu la détresse d'Agar) (Gn 16,7-14).

Mais les déboires d'Agar ne se terminent pas là. Une autre tradition biblique nous raconte que Sara, craignant qu'Ishmaël hérite à la place d'Isaac, (Gn 21, 8-10), demande à Abraham de renvoyer Agar et son jeune fils. Avec tristesse mais néanmoins réconforté par la parole divine, Abraham renvoie Agar et l'abandonne (Gn 21, 12-14).

A nouveau seule dans le désert avec le jeune Ishmaël, Agar se sait condamnée car elle se retrouve sans l'appui d'un homme donc sans identité et sans protection dans cette société. Désespérée, elle se met à crier et à pleurer. Dieu entend toujours ces cris et cette détresse. Il lui donne le courage et l'espérance en offrant à Agar les possibilités de survivre par elle-même. Par conséquent, Dieu reconnaît pleinement une identité et un statut à Agar se situant totalement hors des normes d'une société patriarcale. Dieu jette ainsi les assises d' une société égalitaire. C'est toute une révolution!

Ces deux traditions bibliques nous rappellent que Dieu se solidarise avec des personnes exclues peu importe leur statut social ou matrimonial comme ce fut le cas pour Agar. Cette attitude divine nous invite également à nous solidariser avec les femmes dont la condition sociale, trop souvent précaire, ne correspond pas toujours aux normes en vigueur dans l'Église et dans la société. Dieu nous convie ainsi à construire, avec ces mères et leurs enfants, le Règne de vie, de justice, d'équité, d'égalité et d'amour.

Judith:
Le nom de Judith signifie la juive. Son histoire se situe au moment du retour du peuple après la captivité à Babylone. Femme dont la réputation de beauté est exceptionnelle est choisie par Dieu pour sauver son peuple d'une invasion par le général Holopherne. Ayant défait Holopherne, Judith provoque la déroute des envahisseurs et assure la victoire à ses compatriotes.

Nous retrouvons Judith dans la Bible au livre qui porte son nom (chapitres 8 à 15). C'est une histoire fascinante à lire qui montre comment des êtres humains peuvent intervenir peut sauver d'une situation qui semblait désespérée.

Quelques commentaires sur le fameux texte d'Ep 5,22: «Femmes soumises à vos maris» Suite à la liturgie dominicale de la semaine dernière, il apparaissait opportun de glisser un mot sur ce passage fort connu d'Ephésien. D'emblée, ce texte nous choque. L'examiner exhaustivement est impossible dans les limites de cette chronique. Cependant, quelques points doivent être précisés car, malgré tout, il recèle quand même une bonne nouvelle. Premièrement, le texte est construit en deux sections: Ep 5,22-24 et 5,25-33. Il est intéressant de remarquer que le seul impératif situé dans la première partie du texte (5,21) et qui affirme que tous doivent être soumis au Christ est la clé d'interprétation du passage. Les devoirs apparaissent dans la seconde section, celle adressée aux maris. L'auteur d'Éphésien amoindrit le contrôle des hommes sur les femmes par une réciprocité introduisant la notion d'égalité relative dans le couple: le mari doit aimer sa femme comme sa propre chair.

Deuxièmement, le texte se réfère au Christ. Si l'auteur d'Éphésien accentue l'analogie Christ/Église et mari/femme, ce n'est pas pour établir des comparaisons strictes. En effet, le conjoint ne «sauve» pas sa femme et inversement. Seul le Christ est médiateur. L'image a pour but de justifier un comportement social différent à l'égard des femmes. Il faut se rappeler qu'à l'époque les femmes n'avaient aucun droit et étaient abaissées au rang de propriété du père ou du conjoint. Ces derniers pouvaient agir ainsi à leur guise. Or, l'auteur déduit, de sa théologie, des comportements plus respectueux à l'égard des femmes en restreignant le pouvoir des hommes, même s'il reconnaît une certaine légitimité aux codes moraux de l'époque. Néanmoins, il en atténue l'impact négatif.

Ceci nous conduit au troisième point. Si l'auteur d'Éphésien relativise déjà les codes moraux domestiques de l'époque indiquant ainsi que s'ils deviennent désuets, il convient de formuler de nouvelles balises morales signifiantes pour notre propre culture. En effet, les chrétiennes et chrétiens sont aussi à l'écoute de la Parole actuelle du Christ, toujours neuve et déroutante, qui se manifeste dans les signes des temps d'aujourd'hui. Il appartient à notre génération, comme ce fut le cas pour celle de l'auteur d'Éphésien, d'écrire sa page d'Évangile libérateur pour nos descendantes et descendants.

Quelques commentaires sur le texte concernant la répudiation (Mc 10,1-12) Nous proposerons simplement quelques éléments d'interprétation. Souvent, ce texte est perçu comme une loi pour le mariage. Or, l'exégèse contemporaine met l'accent sur le fait qu'il s'agit d'une exhortation prophétique et non juridique. Jésus rappelle l'idéal d'une relation entre les personnes humaines lorsqu'elles sont en couple. Cet idéal reflète le souhait de tout être amoureux: le désir que la relation soit éternelle. Personne ne se marie dans l'espoir de rompre l'union! Jésus, selon la tradition prophétique, amplifie une parole afin de centrer l'attention sur un idéal.

D'ailleurs dans le texte, Jésus reconnaît bien qu'il s'agit d'un idéal car il exprime les raisons de la répudiation: «à cause de la dureté du coeur». Par l'idéal proposé, il abolit des prérogatives masculines justifiant toute forme de répudiation. A l'époque, les femmes pouvaient se faire renvoyer pour un motif aussi anodin qu'un plat brûlé! Par conséquent, la répudiation était un autre moyen de les assujettir. Par son interdiction, Jésus protège les femmes. Il ne contredit pas Dt 24,1 (la prescription concernant la répudiation) mais l'interprète en fonction des plus démunis. Lorsque l'auteur de l'évangile écrit sur les femmes répudiant leur mari, il adapte simplement la tradition chrétienne afin de proposer une solution à des problèmes rencontrés surtout dans la société gréco- romaine. Cette société était différente de celle de la Galilée de Jésus.

Si, à l'époque, le texte interdit la répudiation à cause de l'oppression subie par les femmes, cela suscite une interrogation sur sa signification pour aujourd'hui puisque certains mariages se vivent malheureusement selon un mode destructeur. La question est légitime d'autant plus que cet extrait de l'évangile de Marc ne se prononce ni sur le mariage librement consenti ni sur le divorce consensuel. Ces possibilités se situent hors des horizons de cette société. Le texte ne se prononce pas davantage sur les amours mortes que nous rencontrons dans nos communautés.

Ce passage biblique révèle le caractère «sacré» des relations humaines et malgré les apparences, il nous affranchit en nous renvoyant à notre liberté. En effet, pour le Christ, c'est la vie qui prime avant tout. Ce dernier invite les générations de chrétiennes et de chrétiens à se laisser conduire par Dieu et à se laisser guider par un dynamisme d'amour, dans toutes les situations nouvelles. Le Christ nous convie à poursuivre la priorité du Règne: la libération, l'épanouissement et la dignité des êtres humains, inscrits dans une histoire concrète et dans un monde en perpétuelle transformation, dans le but de faire croître la vie et l'amour.

Patrice Perreault, bibliste
et agent de pastorale





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