QUELLES PRIORITÉS POUR LES DÉMOCRATIES :

 

CONTRE-ATTAQUE OU AUTOCRITIQUE ?

 

 

 

 

 

Celui qui ne veut pas changer aiguise son épée
il tend son arc et vise
il arme des engins de mort et conçoit des flèches pour lele feu
Celui qui fabrique le faux
multiplie le malheur et enfante le mensonge

(Psaume 7, 13-15)

 

 

Depuis les attentats du 11 septembre, les gouvernements des sociétés démocratiques occidentales ont réagi essentiellement par le déploiement d'opérations militaires et l'augmentation des mesures de sécurité. Le président Bush a immédiatement vu dans ces attentats une attaque barbare contre "le monde civilisé", tout en démontrant une navrante résistance à reconnaître les racines politiques et sociales du terrorisme international. Par ailleurs, Dde nombreuses analyses ont pourtant rrappelé le ressentiment causé par l'imposition de l'hégémonie américaine au reste du monde.. OnElles ont a également fait valoirfait valoir que les Etats-Unis sont eux aussi responsables de souffrance au sein des populations civiles, notamment en Irak, et qu'ils ont ainsi appelé sur eux le malheur.

 

Se trouverait-on devant deux types de "terrorisme" plus ou moins équivalents, qui nous obligeraient à choisir les victimes dignes de notre compassion et les criminels méritant notre indignation ? Comment tirer des leçons de ces tragiques événements sans donner raison ni au président Bush ni à Oussama Ben Laden ? Que pourrions-nous entendre aujourd'hui de l'appel des prophètes bibliques à opter pour la conversion et à donner une portée universelle à la solidarité plutôt que de perpétuer le cycle de la vengeance ?

 

La bonne conscience occidentale

 

Les États Unis et leurs alliés prennent aisément pour acquis qu'il leur incombe de défendre la liberté, la justice, les droits humains, en un mot la civilisation, à l'encontre de menaces provenant d'une barbarie extérieure à leurs frontières, celle de la violence terroriste. Cette concentration de l'attention sur des menaces externes tend à étouffer tout effort d'autocritique par rapport à la "barbarie intérieure" (J.-F. Mattei) qui mine le monde occidental, nourrit une violence aux mille visages et provoque la déstabilisation économique et sociale un peu partout dans le monde. On s'enferme ainsi dans une espèce de "logique sacrificielle" qui vise à rendre un autre coupable, et le seul coupable, d'un mal auquel on participe soi-même. On s’enferme ainsi dans une espèce de "logique sacrificielle". Cela permet de s'en tenir à la punition ou à l'immolation de cet "autre" comme mesure de protection de la collectivité et de rétablissement de l'ordre, sans s'interroger sur soi-même.

 

N'y a-t-il pas là une tragique illusion, ou plutôt une lamentable supercherie ? Si légitime que soit la poursuite et l'inculpation des criminels responsables d'actes terroristes, comment prétendre que les motifs de nos régimes libéraux dans ce combat consistent essentiellement à défendre les droits et la démocratie ? La défense des intérêts énergétiques et géopolitiques des pays riches a trop souvent contredit les droits et la démocratie pour que la bonne conscience occidentale paraisse très fondée. Il sera en tout cas à jamais impossible d'en convaincre les populations du Moyen Orient depuis que les États Unis et la Grande Bretagne ont collaboré Qu'on se souvienne de la collaboration des Etats-Unis et de la Grande Bretagne auau renversement du régime démocratique de Mossadegh en Iran au début des années 50, dès que celui-ci s'est avisé de nationaliser les ressources pétrolières de son pays. La révolte causée par ces événements alimente encore la mouvance islamique radicale. Et voilà que l'intervention militaire en Afghanistan fournit La défense des intérêts énergétiques et géopolitiques des pays riches a trop souvent contredit les droits et la démocratie pour que la bonne conscience occidentale paraisse très fondée. On en a un autrenouvel exemple de la primauté du facteur pétrolier sur les principes démocratiques en Afghanistan.

 

L'or noir ou la démocratie ?

 

La dépendance des pays économiquement développés envers le pétrole détermine lourdement leurs politiques à l'égard du Moyen Orient et de l'Asie centrale. L'accès aux réserves énergétiques de cette région est vital pour le maintien de leur suprématie économique, et la condition de cet accès est la stabilité et la coopération des régimes en place. L'un des enjeux majeurs tient à la découverte de réserves considérables en pétrole dans la région de la mer Caspienne. On évalue ces réserves entre 90 et 200 milliards de barils, ce qui représente un potentiel comparable à celui de l'Irak (112,5 milliards) ou de l'Arabie saoudite (261,5 milliards). Cet énorme potentiel fait l'objet de manœuvres géopolitiques d'envergure dans toute la région transcaucasienne, où sont impliqués les Russes, les Américains, les Britanniques, les Français, les Iraniens et les Saoudiens, sans oublier les dirigeants des républiques de l’ex-Union Soviétique.

 

L'enjeu pétrolier explique pourquoi, quelques mois avant la présente guerre, le vice-président de la compagnie américaine Unocal, Chris Taggart, avait qualifié la domination des talibans de "développement positif". En février 1997, Washington recevait une délégation de talibans pour trouver avec eux un terrain d’entente alliant le retour à la stabilité (après la défaite soviétique) et la réalisation d'oléoducs qui devaient aller du Turkménistan vers l’Inde et un marché asiatique en pleine croissance, via l’Afghanistan. En novembre, Unocal ouvre un centre à l'université d'Omaha (Nebraska), pour former 137 Afghans en vue de la réalisation de ce projet.

 

L'arrivée d'Oussama Ben Laden en Afghanistan va cependant brouiller les cartes. Le 22 février 1998, avec le soutien des talibans, il lance le Front international islamique et il émet une fatwa qui autorise des attentats contre les intérêts et les ressortissants américains. Après la destruction par des engins explosifs des ambassades de Dar-es-Salaam et de Nairobi le 8 août 1998, Unocal renonce publiquement au projet d'oléoduc afghan.

 

Les talibans demeurent cependant des interlocuteurs pour Washington, qui espère d'eux la livraison du chef d'Al-Qaida. Des négociations ont lieu en novembre 2000 et en mars 2001, avec la participation de délégués pakistanais, iraniens et russes, pour obtenir des talibans leur accord à une révision de la question des droits humains "dans un délai de deux à trois ans" ainsi qu'à un gouvernement de transition avec l'Alliance du Nord, moyennant quoi ils obtiendraient une aide internationale massive, financière et technique. "Dans notre esprit, affirme M. Naiz Naik, ex-ministre des affaires étrangères du Pakistan, c'était naturellement pour restaurer la paix et la stabilité, et ensuite le gazoduc, et peut-être pourrait-on convaincre les talibans que, une fois tout ceci résolu, dès que le gouvernement élargi serait installé, dès que le gazoduc serait en route, alors arriveraient des milliards de dollars de commissions, et naturellement ils auraient des contreparties." Les Etats-Unis sont à ce point convaincus du succès de ces négociations que le département d'État bloque l'enquête du FBI sur l'implication de Ben Laden dans l'attentat contre le navire de guerre USS-Cole en octobre 2000. Ce château de cartes s'effondre lorsque les talibans refusent de collaborer après une ultime rencontre en juillet 2001. Selon les membres de la délégation pakistanaise, le négociateur américain, Tom Simons, fait alors allusion à d'éventuelles répliques militaires. Les rumeurs de guerre s'accentuent. Le FBI se remet à chercher des preuves contre Ben Laden. Le 11 septembre, les tours du World Trade Center sont démolies. Ben Laden aurait-il décidé de tirer le premier ?

 

On connaît la suite des événements : les alliances rapidement tissées dans la région avec les régimes de l'ex-union soviétique et la Russie, la victoire contre les talibans. Dès le 27 novembre 2001, des ententes sont conclues pour l'ouverture du Caspian Pipeline Consortium pour le compte de huit compagnies, dont Chevron, Texaco et ExxonMobil. Au même moment, Hamid Karzai est désigné à la tête du nouveau régime intérimaire afghan. M. Karzai avait été le consultant pour le compte d'Unocal.

 

Ces quelques éléments d'analyse suggèrent de relativiser les affirmations du Secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld, selon lesquelles "nous sommes venus ici (en Afghanistan) dans le seul but de débarrasser le pays des terroristes et d'établir un gouvernement qui ne protège pas le terrorisme" (Le Devoir, 17 décembre 2001). À la lumière des éléments d'analyse qui précèdent, on devrait traduire : " nous sommes venus ici dans le but de détruire l'ennemi qui menace nos ambitions économiques ".

 

Les démocraties libérales piégées par elles-mêmes

 

Les effets d'un tel cynisme politique sur les populations du Tiers Monde ont été abondamment commentés depuis le 11 septembre : ressentiment et rage impuissante, réclamations de justice et de dignité, radicalisation et expansion des mouvances fanatiques . Il faudrait s'interroger en même temps sur lesses conséquences au sein des démocraties libérales elles-mêmes.

 

En concentrant l'attention, les ressources et les énergies sur un ennemi extérieur, les gouvernements des sociétés libérales masquent commodément les fractures sociales et les impasses morales qui déchirentaffligent ces sociétés à l'interne,. En diabolisant cet ennemi et en le traitant de barbare, ils camouflent et qui sont aggravées par une tendance de plus en plus inquiétante vers la négationnégation pratique de de la dignité 'humaine comme fondement des choix sociaux et politiques au sein même des démocraties comme réalité sacrée. Le capitalisme néo-libéral tend à En reléguanter de mille manières la personne l'humain au rang de quantité plus ou moins négligeable dans un système entièrement voué à la performance économique. Il , le capitalisme néolibéral favorise une certaine banalisation ou chosification de l’humain se place ainsi sur une pente qui pourrait conduire à une inhumanité systémique dépassant même par son ampleur et sa gravité rivalisant dl’'horreur deavec les attentats terroristes : brevetage et marchandisation du vivant, eugénisme, sacrifice de populations jugées irrécupérables, altération du bassin génétique et de la chaîne alimentaire, réchauffement climatique, en somme une violence tout aussi intolérable. Ces dérives sont accentuées depuis le 11 septembre par le rétrécissement accéléré de l'espace des droits et des libertés, justifié sur toutes les tribunes par l'impératif très électoralement rentable de la sécurité.

 

Il s'avère ainsi que les démocraties libérales sont minées par une immoralité foncière qui menace de l'intérieur l'ordre et la stabilité qu'elles cherchent à assurer par les moyens de la puissance militaire et des contraintes économiques dirigées contre leurs "ennemis extérieurs". Elles se vident insidieusement de leur substance, en reniant les idéaux qui leur avaient donné naissance et en compromettant ce qui devait en faire un lieu hospitalier pour l'humain. Par le fait même, le modèle démocratique tel qu'il se présente en Occident perd de son pouvoir d'attraction sur les populations appauvries de la planète. Si la liberté de choisir ses élus ou d'exprimer publiquement ses idées se paie d'une aliénation aux pouvoirs du marché, de la raison technicienne ou de la violence sacrificielle, que vaut véritablement cette liberté qu'un Occident sûr de lui prétend défendre partout dans le monde par la force des armes ? Dès lors que l'égalité de principe entre tous les citoyens n'empêche pas de fonder le développement économique sur le maintien et l’aggravation des inégalités, on peut comprendre que les rhétoriques néolibérales sur la défense des droits soient reçues avec scepticisme et même avec agressivité.

 

On peut constater autour de nous que tout cela suscite chez plusieurs le découragement ou la colère devant les forces aveugles et apparemment incontrôlables qui menacent l'avenir de l'humanité. La conjonction de réactions nihilistes ou violentes à ces menaces pourrait finir par entraîner l'implosion des sociétés occidentales sous la pression de leur démesure et de leur aveuglement.

Renoncer à la logique sacrificielle

 

La "logique sacrificielle" qui inspire globalement les réactions politico-militaires aux attentats du 11 septembre consiste à faire reposer la défense des libertés démocratiques et la sécurité des sociétés libérales sur la guerre au terrorisme international, sans remettre en question les politiques de domination et le mépris de l'humain qui bafouent ces libertés et cette sécurité partout dans le monde, y compris à l'intérieur même des sociétés que l'on prétend défendre. L'impasse qui se dessine ne nous inviterait-t-elle pas à changer de logique, à opérer un retournement de perspective qui passerait par la reconnaissance de la participation des démocraties libérales à la violence dont elles se découvrent menacées ?

 

Il ne suffit pas de combattre le terrorisme ni d’éliminer les menaces extérieures pour assurer la sécurité et la paix. C’est de l’intérieur qu’il faudrait s’interroger sérieusement et de toute urgence sur les dynamiques productrices d’inhumanité qui sont notamment à l’œuvre dans l'économisme dogmatique, l’absolutisation de la technoscience et la consécration de l'impérialisme étasunien. Une telle autocritique devrait notamment porter sur la place démesurée qui est faite au mythe de la croissance illimitée. Au nom de cette croissance Par ailleurs, au nom du mythe de la croissance illimitée,, il devient légitime pour toute puissance qui en a les moyens de s'approprier par la violence les ressources de la planète, de faire payer par les pauvres l'enrichissement des nantis, de laisser dépérir des continents entiers, de parquer indéfiniment dans des camps les populations déplacées par les guerres.

 

 

Faute d'entreprendre une telle autocritiqueréévaluation critique de telles "règles du jeu", il sera vain de s'entourer de tout bouclier spatial ou de tout périmètre de sécurité que l'on puisse imaginer. Cette prise de conscience se répand lentement, y compris au sein de la population des Etats-Unis, comme en fait foi la lettre signée par 1500 catholiques pour dénoncer la légitimation de la riposte américaine au nom de la guerre juste. Chez nos voisins du sud, les attentats du 11 septembre ont en effet obligé les gens à se demander pourquoi leur pays était si détesté dans certaines régions du monde. Les réponses s'imposent progressivement, bien que la pression de l'unanimisme patriotique décourage souvent leur formulation publique. Les milieux d'affaires eux-mêmes commencent à prêter davantage attention aux responsabilités sociales de l'entreprise, ne serait-ce que pour protéger la stabilité des marchés. C'est ainsi qu'au Sommet économique de New York, on s'est senti obligé de faire écho aux revendications issues du Forum social mondial de Porto Allegre, du moins par des déclarations d'intention. Chez nous, dans la revue de l'École des Hautes études commerciales de l'Université de Montréal, on pouvait lire récemment un texte où des professeurs de management et de marketing critiquaient la politique de fuite en avant qui s'en tient à resserrer les mesures de sécurité sans s'interroger davantage sur les causes de l'insécurité que sont la distribution inéquitable de la richesse et l'obsession unidimensionnelle de la performance et de la rentabilité.

 

Les mesures concrètes se font toutefois encore attendre. Pendant ce temps, l'économisme dominant et dominateur continue de faire ses ravages. Ironiquement, c'est en s'alliant aux multinationales pour refuser de prendre les mesures qui s'imposent en matière de justice sociale et de protection de l'environnement, dans le cadre d'ententes multilatérales ou de programmes nationaux, que nos gouvernements mettent en péril la sécurité de leurs populations, en dépit des milliards qu'ils consacrent à protéger les frontières et les lieux publics. La véritable sécurité des régimes démocratiques ne pourra pas être assurée autrement que par la mise en œuvre d'une conception plus juste des rapports entre les peuples et entre les groupes sociaux .

 

Vers un autrement du monde

 

Ce qui rend difficile à nos sociétés libérales d'opérer un semblable effort d'autocritique, c'est notamment une certaine résignation à la "fin de l'histoire", un consentement à la fatalité des choses. L'économie de marché a fait ses preuves, les alternatives sociales-démocrates relèvent d'un idéalisme dépassé, la cause est entendue ! Le rêve de transformer le monde ne peut que conduire à la désillusion et mieux vaut en prendre son parti.…

 

Un tel cynisme sert bien les intérêts du tout-pour-le-marché, qui est devenu le seul absolu reconnu par les grands-prêtres de la globalisation économique. Le culte de cette idole entraîne des coûts humains considérables, comme l'ont fait toutes les idolâtries au cours de l'histoire. Une idole consiste en une réalité relative, fabriquée, dont on fait un absolu tout en la mettant au service des intérêts de ses adorateurs. Cette sacralisation d'une cause ou d'une fin particulière autorise à abolir toute limite morale dans la poursuite de sa réalisation. La fabrication d'idoles permet ainsi de légitimer des pratiques immorales supposées gagner la faveur du dieu, ou favoriser la poursuite de la cause sacrée, qu'il s'agisse de l'extermination des ennemis ou du sacrifice humain. Les appels constants des prophètes bibliques ont consisté à se détourner de ces dieux fabriqués pour ramener le peuple à la reconnaissance d'un Dieu qui échappe à toute manipulation et qui veut la vie pour tous et toutes, à commencer par les plus vulnérables.

 

La reconnaissance du Dieu de la vie empêche de se satisfaire de l'état actuel des choses, puisque ce monde est radicalement jugé par sa tolérance à l'inhumanité. Dans Raisons communes, Fernand Dumont critique sévèrement le cynisme et la démission devant les impasses de l'histoire, au nom de la responsabilité des sociétés de travailler "à l'humanisation des personnes par la participation à des valeurs qui jugent les collectivités (…)." Selon lui, "une société et une culture ne servent la promotion des personnes (…) que si elles refusent de se replier sur leur propre justification" (p. 212). C'est en se considérant comme perpétuellement inachevée, en reconnaissant la faille qui révèle son incomplétude, qu'une société peut demeurer ouverte à un dépassement ou à une "transcendance" hors de laquelle l'humain étouffe et dépérit. Il ne s'agit pas ici d'identifier simplement transcendance et divinité, ou de situer cette transcendance au-dessus de l'ordre temporel et de la collectivité. Il s'agit plutôt de reconnaître qu'aucun ordre apparemment acquis, même incarné dans des institutions convenables et équitables, n'épuise la responsabilité d'humaniser ce monde. Ce rappel vient notamment de la présence du pauvre, du "non-citoyen", de "l'in-signifiant qui n'a pas de pouvoir économique, qui fait partie d'une race méprisée, culturellement marginalisée". La présence persistante du pauvre démasque le non-sens dans nos sociétés et rend d'autant plus urgent l'appel à un sens qui se situerait dans un autrement du monde, dans une altérité radicale qui remettrait sans cesse en question l'état présent des choses. Ce sens, jamais pleinement donné, demande à être cherché à travers "la libre confrontation et la libre discussion avec, comme horizon, des valeurs patiemment élucidées et farouchement respectées" (p. 215).

 

Les enjeux et leurs conséquences

 

Une telle grille d'analyse oriente vers une certaine lecture des enjeux fondamentaux du présent contexte. Les mouvements terroristes et l'empire néo-libéral se rejoignent dans un mépris de l'humain qui compromet le devenir même de l'humanité en tant que telle. En ce sens, ils définissent tous deux l'espace politique sous le mode de la violence brutale. Ce qui est en cause, c'est la reconnaissance d'une dignité humaine universelle et inviolable, qui costitueétablit la limite à ne pas franchir dans toute poursuite du pouvoir, de la prospérité, du savoir, etou même d'une juste cause. La nécessité d'une telle reconnaissance est manifestée par l'horreur qui résulte de son contraire, et qui aboutit à la négation de l'humain comme réalité sacrée.

 

L'enjeu ne consisteLa question n'est donc pas de à savoir si une forme d'inhumanité s'explique par une autre. Il s'agit plutôt de savoir si nous sauronsL'enjeu consiste plutôt à refuser radicalement toute forme de réduction de l'humain à un moyen, à une "chose" que l'on peut soumettre aux impératifs d'un intérêt , si crucial soit-il, ou d'une cause, si juste ou impérative puisse-t-elle paraître.

 

 

Un tel "changement de logique" aurait des conséquences concrètes sur plusieurs plans. Par exemple, il inciterait à :

 

  • reconnaître le caractère moralement injuste et inadéquat d'une riposte exclusivement militaire aux menacesà la menace du terrorisme international, et à demander que nos gouvernements fondent d'abord la recherche de la sécurité sur le respect du droit et l'établissement de la justice ;

 

  • refuser toute complicitéllaboration de notre pays avecà l'établissement d'une hégémonie politique et militaire aux dépens des droits et de la démocratie dans quelque région du monde que ce soit, serait-ce au prix de conséquences défavorables pour nous sur le plan économique ;

 

  • appuyer des mesures comme celles qui sont suggérées dans la lettre des catholiques américains citée plus haut, notamment un engagement ferme à soutenir par tous les moyens la reconstruction de l'Afghanistan ;

 

  • reconnaître la nécessité de diminuer notre dépendance personnelle et collective envers le pétrole, , une cause majeure de la détérioration de l'environnement à notre époque, ainsi que et des perturbations politiques et sociales que l'on connaît depuis le 11 septembre ;

 

  • former ou se joindre à des coalitions publiques visant à influencer les choix politiques dans le sens de ces orientations, notamment dans le cadre des discussions actuelles entourant la globalisation économique.

 

 

Même s'il peut paraître utopique, l'espoir d'un tel changement s'appuie peut tout de même s'appuyer sur certaines réalisations concrètes. On peut penser à des recherches et des initiatives comme celles de la Marche mondiale des femmes, du Forum social de Porto Allegre ou, au Québec, du Projet de loi pour l'élimination de la pauvreté. Ces propositions d'un "autrement du monde" commencent à forcer l'attention et à exercer leur influence. Ces mouvements sont issus non d'une idéologie mais de multiples pratiques à la base, où des individus et des groupes ont pris conscience de leur responsabilité dans les processus de transformation sociale et culturelle. Ils ont entrepris, chacun à sa manière, revient à tous et à chacun dede résister avec leurs propres moyens à toute forme d'inhumanité dans un monde menacé par les forces connexes de l'injustice, de la violence et du mépris de la création. En nous s'interrogeant et en agissant ainsi, de proche en proche, qui sait où pourrait nous conduire l'apprentissage de l'autocritique et la disponibilité à changer de logique ... La lutte contre le terrorisme commence dans notre propre cour, c'est-à-dire dans nos sociétés d'abondance où se jouent pour une grande part les conditions de la justice, de la paix et du devenir humain.

 

 

 

Guy Côté, pour le Groupe de théologie contextuelle québécoise:

 

Lise Baroni, Michel Beaudin, Claude Boileau, Richard Chrétien,

Mario Degiglio-Bellemare, Claire Doran, Roger Éthier, Luc Fortin,

Gérard Laverdure, Lise Lebrun, Jean Ménard, Patrice Perreault,

Eliana Sotomayor, Nelson Tardif.

 

 





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