Le clonage, la nature et l'économie


Certaines informations récentes ont circulé quant à la possibilité du premier clone humain. On ne peut aucunement traiter à la légère cette question car elle concerne le devenir du monde, de l'espèce humaine et d'autres espèces animales et végétales. Si l'espèce humaine exerce un certain contrôle sur la génétique des espèces depuis longtemps, le clonage quant à lui touche à d'autres dimensions plus techniques et renvoie davantage à l'ensemble de notre rapport au réel.

L'argument fréquemment invoqué dans le débat touche à la notion de «nature». Mais qu'est-ce que la «nature»? Cette idée de «nature» n'est-elle pas une façon de décrire notre rapport au monde? Cela me questionne d'autant que l'idée de «nature» a servi et sert toujours à légitimer bien des injustices. Par exemple, au nom de la «nature», on a justifié que les femmes ne pouvaient aucunement voter ou participer pleinement au politique.

De plus, l'idée même de «nature», bien que très utile, ne doit-elle pas être relativisée? En effet, lorsque nous parlons de «nature», nous avons tendance à la projeter comme un objet extérieur à l'être humain. Nous retrouvons cette idée au coeur des premières théories économiques modernes.

Notre société contemporaine franchit une autre étape dans la réduction du vivant et de l'être humain: elle réduit le patrimoine génétique humain au «rang de ressources humaines» au même titre que le papier ou le matériel informatique. Cette tendance existe depuis l'introduction des nouvelles techniques de reproduction appliquées à l'être humain. Les courants néolibéraux ne font que la renforcer.


Aujourd'hui, le patrimoine génétique devient une marchandise sujette à la course aux profits. Le projet du génome humain en est un bon exemple. Nombres de courants féministes et humanistes dénoncent, à bon droit et depuis des années, cet accaparement, par l'économie néolibérale, du vivant.

Au-delà de l'exploit technique, ne conviendrait-il pas de s'interroger collectivement sur le projet de société que nous désirons construire: une société fondée sur la justice, l'égalité et la redistribution des richesses ou une société dominée par le marché? L'avenir est à édifier et c'est à nous de choisir sur quelles valeurs nous voulons le bâtir.

Patrice Perreault,
agent de pastorale





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