Le clonage menace-t-il certains acquis sociaux?


Si la naissance du premier bébé cloné, Ève, est confirmée, notre société a franchi un autre pas, dans le contexte d’une société néolibérale, dans l’instrumentalisation du vivant. Notre rapport à cette technique s’avère, à mon sens, plus déterminant dans son utilisation que la technique elle- même. C’est pourquoi mon propos se centrera sur certaines conséquences sociales potentielles d’une telle technologie.

En effet, ce que le clonage implique, c’est la négation de la différence et le danger d’une surenchère narcissique qui redéfinissent le rapport femme/homme et celui de la générativité. Ces deux rapports sont fondamentaux car ils assurent des possibilités inédites de renouvellement des sociétés et peuvent susciter des voies insoupçonnées dans le devenir de notre propre humanité. Sans cela, notre futur ne sera plus le fruit d’une relation mais sera étroitement dépendant de décisions économiques visant à engendrer des profits colossaux en peu temps.

Mais à cette dérive, nous devons en ajouter une autre plus insidieuse. En détachant la reproduction de la globalité d’une personne corporelle et relationnelle, ne verrons-nous pas la réduction des femmes au statut d’usine biologique fabriquant des êtres humains? Cette chosification ne conduira-t-elle pas à un recul des fragiles acquis sociaux face à la reproduction, entre autres, que des décennies de luttes féministes ont permis de reconnaître? N’assisterons- nous pas un durcissement des structures sexistes et patriarcales de notre société?

Ce sont quelques questions qui m’interpellent à la suite de l’annonce de la naissance d’un clone. Certes, les recherches en génétiques sont fondamentales et nécessaires mais elles nous posent la question du type de société que nous voulons construire: une société assujettie au marché ou une civilisation fondée sur la dignité, l’égalité, la justice sociale, l’écologie? L’avenir dépend de ce que nous en ferrons, il nous appartient de nous interroger sur ce que nous désirons léguer à nos enfants.

Patrice Perreault,
agent de pastorale





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