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 Pour en finir avec la fin du monde
Les attentats terroristes du 11 septembre dernier ont relancé la peur de la fin du monde. Plusieurs y voient des présages de malheurs
et de guerres annonçant la fin. Plusieurs groupes, à l'aide de «prophéties bibliques», prédisent l'imminence des catastrophes et la
venue du Christ.
Nous sommes toutes et tous confrontés à ces craintes et se peurs. Nous proposons, dans cette courte réflexion, des pistes
d'interprétation relatives aux prophètes bibliques et au livre de l'Apocalypse.
1. Les prophètes prévoient-ils/elles l'avenir?
Notre perception contemporaine du prophète n'a que peu de liens avec le prophète antique et même biblique. Le mot prophète ( en
hébreu nabî, signifie littéralement «quelqu'un qui annonce» d'où le grec prophetes «quelqu'un qui parle au nom de». Le terme le
plus proche en français est héraut.
Les prophètes ne sont donc pas concernés par le futur mais par le présent. Jamais le terme nabî est employé pour désigner une
personne dévoilant l'avenir. Lorsqu'ils/elles traitent du futur, c'est pour mettre en relief le présent ou leur espérance. Par exemple,
l'oracle d'Isaïe 7,14, n'annonce pas la naissance de Jésus mais tout simplement celle d'un fils; signe du soutien divin à Achaz. Une
relecture chrétienne y a perçue une figure messianique.
2. Qu'est-ce qu'une apocalypse?
Les apocalypses (le grec apokaluptein peut être rendu par «révéler» ou «lever le voile sur», par l'usage d'une rhétorique symbolique
spécifique, visent à consoler des groupes précis en leur «dé-voilant» le plan de Dieu sur eux. Le genre littéraire apocalyptique
suggère un «regard du point de vue de Dieu» sur l'histoire pour en révéler le sens. Il convient d'insister sur le fait que ces gens n'ont
pas réellement perçu le futur,. Elles/ils proclament leur foi en un Dieu de la Vie plus puissant que les forces de chaos.
3. L'Apocalypse de Jean
L'Apocalypse dit de Jean ne fait exception à cette règle. L'auteur désire renouveler l'espérance des chrétiennes et des chrétiens
victimes de la grande persécution de Domitien (l'an 81-96)(1).
Ce livre s'efforce de démontrer qu'en dépit des apparences, le Christ demeure le Seigneur de l'histoire. C'est pourquoi s'ingénier à
reconnaître une quelconque période historique ultérieure à celle des événements relatés dans l'Apocalypse trahit le message
fondamental de l'oeuvre. L'auteur, recourant au langage symbolique, propose une lecture signifiante de l'histoire pour les
communautés éprouvées. Il ne s'agit pas, pour lui, d'en décrire le déroulement mais de réconforter des personnes affligées.
L'auteur cherche à contrer le fatalisme gagnant certaines communautés pour leur affirmer que l'avenir n'est pas décrété par Dieu. Le
futur s'élabore en fonction des choix effectués dès aujourd'hui. Dans la multitude des possibles, le Christ nous invite à discerner
constamment, les routes qui construisent notre commune humanité. Comme nous le constatons, l'auteur est bien loin de brosser un
tableau de la fin des temps.
L'Apocalypse apporte un message d'espoir car elle propose un projet pour des communautés chrétiennes: celle de lutter contre les
forces de mort, qu'elles soient économiques, politiques ou militaires. Actuellement, celles-ci menacent la survie de l'espèce
humaine. Le Christ nous interpelle à transformer le monde afin d'éliminer le processus d'appauvrissement. Il nous convie à vivre
intimement interrelié-e-s au sein de relations égalitaires dans une harmonie fructueuse avec la biosphère. Alors le rêve de Dieu pour
l'humanité, brillament dépeint dans l'Apocalypse, se réalisera :«Dieu sera tout en tous (1 Corinthien-nes 15, 28). Il essuiera toutes
larmes de leurs yeux; de mort, il n'y en aura plus; de pleur, de cri et de peine, il n'y en aura plus car l'ancien monde s'est en allé.»
(Apocalypse 21,4; voir aussi Apocalypse 7,9-10).
Patrice Perreault, agent de pastorale
Notes
1. Les politiciens romains percevaient le danger du christianisme pour le régime: lorsqu'une légitimation sociale repose sur un culte
à l'empereur, refuser de s'y conformer et proclamer qu'un Crucifié-Ressuscité est le réel Seigneur, proposant une égalité foncière
entre tous les êtres humains (cf. Galates 3,28), sapent le fondement même de cette société.
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